Le CHU d’Angers vient d’obtenir le 3ᵉ Prix des innovations pour la souveraineté en santé à SantExpo 2026 avec une plateforme souveraine d’intelligence artificielle générative.
L’envers du décor au sein de la Direction des services numériques (DSN) du CHU mériterait pourtant un tout autre prix, selon FO, SUD, et CFDT CHU Angers.
En effet, des membres de la F3SCT (ex-CHSCT) déposaient, en janvier 2024, un droit d’alerte pour « danger grave et imminent ». Cette démarche faisait suite au constat d’une situation particulièrement inquiétante concernant un agent en épuisement professionnel ayant fait état d’idées suicidaires en lien avec le management de la direction du service. Sous la pression de sa hiérarchie et pour préserver sa santé, ce dernier a été contraint de quitter le CHU.
Malgré une situation qui n’a cessé de se dégrader, la direction du CHU d’Angers a mis plus d’un an et demi à accepter la mise en place d’une expertise par un cabinet indépendant, pourtant votée à deux reprises en F3SCT. Cette expertise n’a finalement eu lieu que près de deux ans après la demande initiale.
Depuis 2024, de nombreux éléments objectifs, concordants et documentés attestent d’une dégradation continue et préoccupante des conditions de travail :
• renouvellement massif des équipes d’encadrement dans un contexte de fortes tensions ;
• départs contraints ou non volontaires de plusieurs agents ;
• multiplication des situations d’épuisement professionnel, dont certaines reconnues au titre de la maladie professionnelle ;
• exercice du droit d’alerte pour danger grave et imminent par les organisations syndicales ;
• signalement auprès de l’inspection du travail ;
• réalisation de plusieurs enquêtes relatives aux risques psychosociaux ainsi que d’un audit externe ;
• audit mené par un cabinet indépendant.
Le cabinet Technologia a rendu ses conclusions lors de la F3SCT de mars 2026 dans un rapport accablant de 290 pages. Les experts ont établi un diagnostic exhaustif de la situation, accompagné de préconisations précises.
Rappelons qu’en juillet 2024, l’inspection du travail avait déjà rendu un rapport enjoignant le CHU d’Angers à réaliser une enquête sur les risques psychosociaux internes afin qu’un plan d’actions soit établi. Celui-ci n’a pas permis la mise en œuvre d’actions fortes et concrètes susceptibles d’envoyer un signal suffisamment fort pour améliorer la situation.
La preuve en est : les arrêts de travail pour épuisement professionnel, liés notamment à un management décrit comme délétère, ainsi que les départs du service, ont perduré. Sur ce point, les experts précisent que « les propos humiliants, les attaques répétées et les pressions visant à provoquer des départs constituent des atteintes graves à la dignité et à la santé des personnes ».
Quatre agents de la DSN sont actuellement en arrêt maladie reconnu imputable au service. Leur point commun réside dans le lien entre leur état de santé et un épuisement professionnel lié à la charge de travail et au management. Certains de ces arrêts ont débuté alors même que les problématiques du service avaient déjà été mises en lumière par la F3SCT.
Parmi les éléments pointés dans le rapport d’expertise :
- « Les faits rapportés appellent une prise de conscience institutionnelle immédiate, tant sur le plan de la prévention primaire (organisation, management, charge de travail) que de la prévention secondaire et tertiaire (…). En l’absence d’une telle mobilisation, le risque d’atteintes supplémentaires à la santé physique et psychique des agents apparaît élevé et durable. »
- « Les éléments rapportés constituent des indicateurs graves et concordants de risques psychosociaux avérés, dépassant le stade du risque potentiel pour relever de situations déjà réalisées. La survenue de burn-out reconnus, d’accidents de travail liés à des contextes managériaux et d’événements traumatiques au sein des équipes traduit un niveau de danger élevé pour la santé des agents. »
- « L’évocation de pensées suicidaires constitue un signal d’alerte majeur, appelant à une réaction institutionnelle immédiate et coordonnée. »
Le 18 mai 2026, les représentants du personnel à la F3SCT, toutes organisations syndicales confondues, se sont adressés dans un courrier à la directrice générale afin de lui demander :
- de prendre sans délai toute mesure nécessaire pour assurer la protection effective de la santé et de la sécurité des agents ;
- de mettre en place des actions correctives concrètes concernant l’organisation du travail et les pratiques managériales ;
- de garantir un suivi transparent des recommandations issues des enquêtes et de l’audit réalisés ;
- de reconnaître la situation ainsi que le préjudice subi du fait de celle-ci.
Ce courrier est resté lettre morte.
Si la direction vient de s’adresser à l’ensemble des agents du service afin de leur demander de s’exprimer sur les priorités à donner en matière d’actions à conduire, et semble vouloir proposer prochainement des espaces de discussion, la gravité des constats formulés dans le rapport nécessite une prise de position claire et ferme de l’employeur. Celle-ci ne doit laisser aucun doute quant à sa volonté de prévenir les risques psychosociaux et de mettre en œuvre tous les moyens nécessaires pour garantir la sécurité et la santé des agents.
À ce jour, cette démarche n’a toujours pas été engagée.